
- 06 25 43 31 83
- noemie@orthopedagogue-nord.com
Accueil » NON, l’orthopédagogue n’est pas un expert des troubles
troubles neurodéveloppementaux : de quoi parle t on ?
compréhension de consignes
Cette précision peut sembler subtile. Elle ne l’est pas.
Elle est même fondamentale pour comprendre ce qu’est réellement l’orthopédagogie, pour éviter des malentendus professionnels, et surtout pour garantir un accompagnement respectueux, efficace et émancipateur des apprenants.
Car non, l’orthopédagogue n’est pas un spécialiste des troubles.
Oui, il est un expert des apprentissages.
Et c’est précisément cette expertise-là qui est utile, pertinente et indispensable auprès des personnes qui rencontrent des difficultés ou des troubles des apprentissages.
Dans de nombreux contextes, l’orthopédagogue est encore perçu comme le professionnel que l’on va voir quand la liste d’attente chez l’orthophoniste ou le neuropsychologue est trop longue.
On l’associe spontanément aux troubles DYS, au TDAH, aux profils neurodéveloppementaux atypiques. Il serait celui qui « s’y connaît en troubles », celui à qui l’on adresse un apprenant une fois qu’un diagnostic est posé, voire celui qui viendrait « compenser » ou « corriger » les effets du trouble.
Cette représentation est pourtant erronée. Elle est aussi réductrice que dommageable. Réductrice, parce qu’elle enferme l’orthopédagogie dans une lecture pathologisante des difficultés scolaires. Dommageable, parce qu’elle déplace le regard : au lieu de s’intéresser aux conditions d’apprentissage, aux pratiques pédagogiques, aux stratégies cognitives mobilisées, on focalise l’attention sur ce que l’apprenant « a » ou « n’a pas ».
l est important de le dire clairement : l’orthopédagogue ne pose pas de diagnostic. Il ne détermine pas la présence ou l’absence d’un trouble spécifique des apprentissages, d’un trouble de l’attention, d’un trouble du langage ou d’un trouble du spectre de l’autisme. Ces missions relèvent du champ médical ou paramédical, et s’appuient sur des outils, des cadres et des responsabilités qui ne sont pas ceux de l’orthopédagogie.
Mais ne pas être expert des troubles ne signifie pas les ignorer. Lorsqu’un trouble est connu, identifié, reconnu, l’orthopédagogue en tient compte. Il en considère les impacts possibles sur l’attention, la mémoire de travail, la vitesse de traitement, la flexibilité cognitive, l’accès au langage écrit ou oral. Toutefois, le trouble n’est jamais le point de départ de son intervention, ni son point d’arrivée.
L’expertise de l’orthopédagogue se situe ailleurs. Elle se situe dans la compréhension fine des mécanismes de l’apprentissage. Comment une information est-elle traitée ? Comment une consigne est-elle comprise ? Qu’est-ce qui permet à un apprenant d’entrer dans une tâche, de s’y maintenir, d’en comprendre les attentes, d’en transférer les acquis ? Quelles stratégies sont mobilisées, consciemment ou non ? Quelles stratégies seraient plus efficaces, plus économiques, plus adaptées à ce fonctionnement cognitif précis ?
L’orthopédagogue travaille sur les processus. Il s’intéresse à la métacognition, c’est-à-dire à la capacité de l’apprenant à se connaître comme apprenant, à comprendre ce qui l’aide ou le freine. Il accompagne le développement de l’autorégulation, cette compétence essentielle qui permet de planifier, ajuster, vérifier et corriger ses actions. Il analyse les fonctions exécutives, non comme des déficits figés, mais comme des leviers d’intervention et d’ajustement.
Les difficultés d’apprentissage sont nombreuses, multifactorielles, souvent contextuelles. Elles peuvent résulter d’un enseignement peu explicite, d’une surcharge cognitive, d’attentes implicites, d’un manque de stratégies, d’expériences scolaires répétées d’échec, ou encore d’un environnement peu accessible. Elles existent indépendamment de tout trouble diagnostiqué.
Les troubles des apprentissages, quant à eux, renvoient à des fonctionnements neurodéveloppementaux spécifiques, durables, qui nécessitent des adaptations dans le temps. Mais là encore, ils ne disent rien, à eux seuls, de la capacité d’une personne à apprendre. Ils indiquent simplement que certaines voies sont plus coûteuses, moins efficientes, et que les conditions d’apprentissage doivent être ajustées.
Dans les deux cas, l’enjeu est le même : comprendre comment apprendre. Et c’est précisément là que l’expertise de l’orthopédagogue prend tout son sens.
Parce qu’il est expert des apprentissages, l’orthopédagogue adopte une posture éthique et pédagogique forte : la présomption de compétences. Il part du principe que les compétences existent, même lorsqu’elles ne sont pas visibles, même lorsqu’elles ne s’expriment pas dans les formats scolaires attendus.
Il ne confond pas difficulté et incapacité, trouble et incompétence, lenteur et absence de compréhension. Il cherche ce qui fait obstacle, ce qui surcharge, ce qui empêche l’accès à la tâche, plutôt que de conclure trop vite à un manque ou à un déficit chez l’apprenant.
L’orthopédagogie ne bénéficie pas uniquement à l’élève accompagné. Elle éclaire les pratiques enseignantes, en rendant explicites les attendus, en outillant la différenciation pédagogique, en favorisant des dispositifs plus accessibles. Elle soutient les familles, en leur offrant des clés de compréhension qui dépassent les étiquettes et les diagnostics. Elle participe à une vision plus inclusive de l’école, où l’on ajuste l’environnement plutôt que d’exiger l’adaptation permanente de l’apprenant.
Affirmer que l’orthopédagogue est expert des apprentissages, et non des troubles, c’est refuser une lecture médicalisante de l’échec scolaire. C’est rappeler que les apprentissages relèvent avant tout de choix pédagogiques, de pratiques explicites, de conditions d’enseignement. C’est défendre une approche universelle, bénéfique à tous les élèves, avec ou sans diagnostic.
C’est aussi redonner à l’orthopédagogie sa juste place : celle d’une discipline pédagogique à part entière, rigoureuse, fondée sur les recherches en sciences de l’éducation et en psychologie cognitive, et tournée vers l’émancipation des apprenants et leur autodétermination.
L’orthopédagogue n’est pas là pour « réparer » des troubles.
Il est là pour rendre les apprentissages possibles.
Il n’agit pas sur des étiquettes, mais sur des processus.
Il ne cherche pas ce qui manque, mais ce qui peut être ajusté.
Et peut-être est-ce là le cœur de son métier : rappeler, inlassablement, que lorsque l’apprentissage résiste, ce n’est pas l’apprenant qu’il faut corriger, mais les conditions dans lesquelles on lui demande d’apprendre et la compréhension qu’il a de lui et de ce dit environnement.