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troubles neurodéveloppementaux : de quoi parle t on ?
Noémie COURTAIS
présomption de compétences
Projet 1 jeu à la loupe – Jour 11 | Moustache
compréhension de consignes
Moustache est un jeu de plis à règles évolutives qui met les joueurs face à une complexité croissante… exactement comme dans de nombreuses situations d’apprentissage.
compréhension de consignes
Moustache : continuer à penser quand les règles s’accumulent
Dans la vie réelle, les règles ne se remplacent pas. Elles s’ajoutent.
À l’école, ce qui a été appris reste valable, mais de nouvelles exigences apparaissent.
Au travail, les procédures s’enrichissent, les attendus deviennent plus fins, les marges d’erreur se réduisent.
Dans le quotidien, on apprend à composer avec des règles implicites, des exceptions, des contextes changeants.
C’est précisément ce que met en scène Moustache.
Non pas parce que le jeu serait compliqué en soi, mais parce qu’il reproduit une réalité très courante :
faire avec de plus en plus de règles, sans perdre le fil.
Quand les règles ne disparaissent jamais vraiment
Dans Moustache, chaque manche ajoute une nouvelle règle.
Mais (et c’est essentiel) les règles précédentes restent actives.
Le joueur doit alors :
se souvenir de ce qui est déjà en place,
intégrer la nouveauté,
ajuster sa stratégie,
et accepter que ce qui fonctionnait avant ne fonctionne plus tout à fait.
C’est exactement ce que vivent de nombreux apprenants :
lorsqu’une nouvelle notion s’appuie sur les précédentes,
quand une consigne devient plus fine sans être reformulée,
quand on attend d’eux qu’ils “sachent déjà” certaines choses,
quand l’erreur ne vient pas d’un oubli total, mais d’une règle laissée de côté.
Le jeu ne crée pas artificiellement la complexité.
Il reproduit la logique cumulative des apprentissages.
Maintenir plusieurs règles actives en même temps
Très rapidement, on observe des différences marquées entre les joueurs.
Certains oublient les règles anciennes pour se concentrer sur la nouvelle.
D’autres tentent de tout garder en tête… et saturent.
D’autres encore sélectionnent inconsciemment ce qui leur semble le plus simple ou le plus rentable.
Ces fonctionnements sont extrêmement fréquents :
chez des élèves qui “oublient” ce qui a été vu les semaines précédentes,
chez ceux qui se perdent dès que plusieurs critères sont attendus,
chez des adultes qui simplifient uneÉ excessivement pour continuer à avancer.
Moustache permet d’ouvrir une question centrale :
Comment je fais pour gérer plusieurs règles sans en laisser tomber certaines sans m’en rendre compte ?
Adapter sa stratégie sans repartir de zéro
mesure que les règles s’accumulent, il devient nécessaire de modifier sa manière de jouer.
Pas tout changer, mais ajuster.
Or, ce type d’ajustement est cognitivement coûteux.
On observe alors :
des joueurs qui persistent dans une stratégie devenue inefficace,
d’autres qui changent trop souvent, sans stabiliser,
certains qui abandonnent toute planification et jouent “au coup coup”.
Ces réactions font écho à :
des élèves qui n’osent plus changer de méthode,
d’autres qui changent sans cesse sans consolider,
des apprenants qui perdent confiance dès que la tâche se complexifie.
Composer avec l’incertitude et l’interdépendance
Moustache ajoute une autre dimension essentielle :
les joueurs jouent en équipe, avec des alliances temporaires, tout en conservant un objectif individuel à long terme.
Cela oblige à :
coopérer sans tout contrôler,
accepter des choix faits d’autres,
gérer la frustration quand une décision collective va à l’encontre de sa stratégie personnelle.
Dans la vie réelle, ces situations sont omniprésentes :
travail de groupe,
projets collectifs évalués individuellement,
contextes où il faut faire confiance sans tout maîtriser.
Le jeu rend visible la manière dont chacun gère cette tension entre collectif et individuel.
Quand la surcharge devient visible
Plus la partie avance, plus la charge cognitive augmente.
Et cette montée en complexité agit comme un révélateur.
Elle met en lumière :
les seuils de saturation,
les stratégies d’évitement,
les moments de décrochage,
mais aussi les capacités d’adaptation progressive.
On n’observe pas seulement ce que le joueur sait, mais comment il continue à fonctionner quand ça devient plus exigeant.
Du jeu à l’apprentissage : rendre la complexité reflexive
Moustache, seul, ne rend pas “meilleur” face à la complexité. Mais il permet de la rendre visible, partageable et analysable.
Lorsque l’on prend le temps, après la partie, de questionner :
ce qui a été oublié,
ce qui a été priorisé,
ce qui a mis en difficulté,
ce qui a permis de s’ajuster,
le jeu devient un support pour travailler la métacognition. Il permet de faire des liens explicites avec :
les apprentissages cumulatifs,
les consignes complexes,
les règles implicites,
les situations où “tout compte”.
Pourquoi Moustache est un excellent point d’appui
Moustache est un excellent support parce qu’il :
rend la complexité progressive et concrète,
expose les limites de la mémoire de travail,
met en lumière les stratégies d’adaptation,
crée une expérience riche, commune et verbalisable.
Il offre un terrain sécurisé pour explorer des questions essentielles :
Comment je fais quand il y a trop de règles ?
Qu’est-ce que je priorise… et pourquoi ?
À quel moment je perds le fil ?
Comment pourrais-je m’y prendre autrement, ailleurs que dans le jeu ?




