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Accueil » Projet 1 jeu à la loupe – Jour 10 | Panic Lab
troubles neurodéveloppementaux : de quoi parle t on ?
compréhension de consignes
Dans la vie réelle, les règles sont rarement stables longtemps.
À l’école, une consigne se précise, s’enrichit, se complexifie.
Au travail, un détail change, une exception apparaît, un nouveau paramètre s’ajoute.
Dans le quotidien, ce qui était valable hier ne l’est plus tout à fait aujourd’hui.
C’est précisément dans ces situations que Panic Lab devient un jeu particulièrement intéressant.
Non pas parce qu’il entraînerait à observer plus vite, mais parce qu’il met en scène ce qui se passe cognitivement quand le cadre change en permanence.
Dans Panic Lab, le joueur ne cherche pas “la bonne réponse” au sens absolu. Il cherche la bonne réponse dans ce contexte précis, à cet instant précis.
Les critères sont multiples :
une couleur,
un monstre,
une caractéristique,
parfois une inversion,
parfois une exception.
Et surtout :
ce qui était juste une seconde plus tôt peut devenir faux après l’ajout d’une règle.
C’est exactement ce que vivent de nombreux apprenants :
quand une consigne comporte des exceptions,
quand un détail modifie toute la réponse,
quand une règle apprise doit être inhibée temporairement,
quand il faut tenir compte d’un “sauf si…”.
Le jeu ne complexifie pas artificiellement la tâche. Il reproduit la réalité des consignes conditionnelles.
Un premier fonctionnement apparaît très vite :
certains joueurs appliquent une règle même quand elle n’est plus valable.
Ils savent. Mais ils savent trop vite.
On retrouve ce mécanisme :
chez des élèves qui répondent juste… dans le mauvais exercice,
chez ceux qui appliquent une procédure sans vérifier le contexte,
chez des adultes qui continuent “comme avant” malgré un changement annoncé.
Panic Lab permet d’ouvrir une question centrale :
Comment je fais pour vérifier que la règle que j’utilise est bien la bonne… ici et maintenant ?
À mesure que la partie avance, la charge cognitive augmente.
Il faut maintenir plusieurs critères actifs, en inhiber certains, en activer d’autres.
Face à cette surcharge, on observe des profils très différents :
certains accélèrent et se trompent davantage,
certains se figent, incapables de trancher,
certains simplifient à l’extrême et “oublient” des règles,
d’autres ralentissent volontairement pour sécuriser.
Ces réactions sont très proches de celles observées :
en situation d’évaluation complexe,
face à des tâches multi-consignes,
quand trop d’informations arrivent en même temps.
Le jeu rend visible le seuil de surcharge propre à chacun.
Panic Lab est particulièrement intéressant pour une raison souvent sous-estimée :
beaucoup d’erreurs sont presque correctes.
Un bon monstre… mais pas la bonne couleur.
Un bon critère… mais inversé.
Une réponse logique… dans un autre contexte.
C’est exactement ce qui se produit :
dans les copies d’élèves “presque réussies”,
dans les erreurs d’inattention,
dans les situations où l’on comprend… mais pas complètement.
Le jeu permet alors de travailler une compétence essentielle mais rarement explicitée :
apprendre à vérifier avant de valider.
Panic Lab ne sert pas à “entraîner la flexibilité” au sens mécanique.
Il sert à la rendre observable et discutable.
Quand on prend le temps, après la partie, de questionner :
ce qui a été oublié,
ce qui a été appliqué trop vite,
ce qui a déclenché l’erreur,
ce qui a aidé à réussir,
alors le jeu devient un outil métacognitif puissant.
Il permet de faire des liens explicites avec :
les consignes scolaires complexes,
les situations où “il fallait faire autrement”,
les contextes où ralentir légèrement change tout,
les moments où l’on sait… mais où l’on n’a pas vérifié.
Panic Lab est un excellent point de départ parce qu’il :
met en scène des règles non stables,
rend visibles les automatismes cognitifs,
expose la surcharge et ses effets,
crée une expérience commune facilement verbalisable.
Il offre un terrain sécurisé pour explorer des questions essentielles :
Comment je fais quand le cadre change ?
À quel moment je dois inhiber une réponse pourtant “logique” ?
Qu’est-ce qui me fait perdre en précision ?
Comment je peux ajuster ma manière de réfléchir… ailleurs que dans le jeu ?